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Joe Boyd
Joe Boyd fut tour à tour et dans le désordre : tourneur, manager, patron de club, responsable de scène au Newport Folk Festival (dont le fameux soir de 65 où Dylan vira électrique), cinéaste, écrivain, journaliste, producteur, directeur de label, découvreur de talents comme Lonnie Johnson, Muddy Waters, Coleman Hawkins, Miles Davis, Jimi Hendrix, Pink Floyd, Fairport Convention, Eric Clapton, l’Incredible String Band, Nick Drake et l’on en passe.
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| Portrait |
Joe Boyd
Réservé, bien élevé, une aisance certaine, le sens de l’humour, il a, aujourd’hui encore, tout du WASP (White Anglo Saxon Protestant) bostonien (sa ville natale) et l’on aurait plutôt imaginé ce diplômé de Harvard faisant carrière dans la politique ou la finance plutôt que de plonger dans le bouillon des contre-cultures psychédéliques américaines puis britanniques des sixties. Époque bénie : "la situation économique dans les années 60 nous facilitait beaucoup les choses, nous laissant du temps pour voyager, prendre des drogues, écrire des chansons et refaire le monde » un âge d’or qu’il situe précisément du début de l’été 56 à octobre 73. Pourquoi finir précisément cet automne là ? "Parce que survient alors la première crise pétrolière qui a marqué la fin de l’hédonisme, de la facilité. Tout est devenu plus cher, plus compliqué, il devenait difficile de survivre en restant en marge de la société". Il assiste aussi au déclin de certains de ses poulains agrippés par la scientologie, la coke et l’héroïne qui remplacent les acides. Sans compter "la découverte que les pilotes de chasse américains pouvaient mitrailler les paysans vietnamiens pour s’amuser tout en écoutant Dylan et Hendrix dans les écouteurs du cockpit fut le coup de grâce à mes yeux".
Il a envie de passer à autre chose, rêve de nouveaux espaces et fait de son label Hannibal, fondé en 1980, un laboratoire, une tête de pont de la découverte des musiques pas encore dites "du monde" (*). Son champ d’intervention s’agrandit considérablement et passe notamment par Le Tibet (Choying Drolma), la Havane (Cubanismo), le Cameroun (les Pygmées Baka), la Hongrie (Marta Sebeysten & Muzsikas), Johannesburg (Dudu Pukwana, Chris McGregor), la Nouvelle-Orléans (James Booker, le plus fêlé et le plus génial des piano professors), Bamako (les quatre premiers albums de Toumani Diabaté), Sofia (le trio Bulgarka). Une réussite artistique incontestable mais pas nécessairement économique. Repris par Rykodisc puis par Palm Pictures, Hannibal échappe à son fondateur qui ne s’entend guère avec Chris Blackwell. Le label mis en sommeil disparaît en 2006 après l’absorption de Rykodisc par la Warner. La reconversion de Joe Boyd passe désormais par l’écriture. Après White Bicycles et une révélation, "J’ai triché, durant toutes ces années, je n’étais jamais si défoncé que cela", il écrit actuellement l’histoire des musiques du monde, "une tâche qui me demande beaucoup plus de travail que d’évoquer mes mémoires".
(*) Las de voir leurs disques dispersés n’importe où dans les bacs des disquaires, des personnalités du secteur, notamment Nick Gold, Ben Mandelson, Charlie Gillett, Ian Anderson (du magazine Folk Roots), le français Philippe Krümm et bien sûr Joe Boyd,tous réunis à Londres en 1987, décidèrent d’adopter et réussirent à imposer la notion de "world music").
Jean-Pierre Bruneau
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